Traditions Bressanes / Lieux de mémoire, mémoires des lieux…

Le théâtre de Louhans (1/2)  2 juillet 2010
Après ce long détour autour du quartier de l’église, reprenons les arcades à la découverte du patrimoine louhannais…
Au numéro 90, entre deux devantures de magasins, un porche apparaît surmonté d’une inscription en lettres noires : « THEATRE ». Un petit passage couvert débouche sur une cour : à gauche, un escalier hors-d’œuvre protégé par une galerie vitrée donne accès à l’édifice.
Dans les années 1850, c’est une salle de spectacle qui est tout d’abord aménagée à l’étage de l’un des bâtiments bordant la Grande Rue dont le rez-de-chaussée est occupé par deux boutiques ouvrant sur les arcades.
Suite à une volonté des commerçants louhannais, des travaux de rénovation et d’agrandissement son entrepris à partir de 1928 sous la direction de Monsieur Lamirand, architecte municipal. En 1934, l’ancienne salle et ses annexes sont détruites mais la façade, la toiture et les planchers de l’ancienne occupation sont conservés. L’inauguration du nouveau théâtre a lieu le 5 mai 1936. En 1999, il est inscrit au titre des Monuments Historiques.
La salle est de plan rectangulaire et possède des galeries latérales de parterre et un balcon en fer à cheval typique des théâtres dits « à l’italienne ». Cette salle ayant été conçue pour accueillir, en plus de représentations scéniques diverses, fêtes et bals, les galeries étaient là pour servir de buvettes.

 Le théâtre de Louhans se remarque depuis la rue par son fronton reprenant la thématique des masques de la tragédie.

 

Le théâtre de Louhans (2/2) 9 juillet 2010
Le décor de la salle ainsi que les vitraux de la verrière de l’escalier, inchangés depuis les années 1930, sont entièrement Art Déco.
Ce style, présent à l’Entre-deux-guerres, est une forme de réaction à l'Art nouveau d'avant la Première Guerre mondiale. Mouvement artistique extrêmement influent ans l'architecture et le design, mais concernant en fait plus ou moins toutes les formes d'arts plastiques, il se caractérise par une oscillation entre le moderne et la tradition, raffolant de couleurs franches, de géométrie et de lignes droites. Le style Art Déco tire son nom de « l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes » qui se tint à Paris en 1925.
A Louhans, le papier peint est en camaïeu bleu à motifs d’ananas stylisé, le lambris est bleu et gris aluminium en stuc à motifs « Oisels » de la maison parisienne Baudson et les portes sont à ornementation géométrique.
Lors de sa rénovation, les décors de scène ont notamment été confiés au peintre Honoré Hugrel : né en 1880 à Macon, ce peintre au talent reconnu s’est exercé à l’art décoratif avant d’exposer dans divers salons et d’être nommé conservateur du Musée des Beaux-arts de sa ville natale.
Aujourd’hui, la scène du théâtre municipal accueille divers artistes et troupes plus ou moins locaux ainsi que des galas et autres représentations festives dont le chapitre d’hiver de la Confrérie des Poulardiers de la volaille Bresse. Quels que soient les acteurs présents sur la scène, ceux-ci sont « protégés » par la cité aux 157 arcades, un écusson portant les armes de la ville ayant été sculpté et peint au dessus de l’ouverture de la scène.

 

 L’intérieur du théâtre de Louhans a conservé son esprit Art Déco (photo © Inventaire Général).

 

Charme et curiosités des arcades (1/2)  16 juillet 2010
Si tous les bâtiments constituant les arcades n’ont pas la même destinée que le théâtre, tous ont en revanche un charme bien particulier. Vestiges médiévaux, façades nobles ou encore balcon à colonnes font la typicité de la Grande Rue. Il est à espérer que le touriste, le visiteur, le promeneur ou le bressan ayant rendez-vous « chez le dentiste » fassent attention à tous ces petits détails faisant de chaque arcade une unité particulière porteuse d’histoire.
Les pans de bois d’une maison pas plus large que quelques mètres côtoient la façade imposante de la « Caisse d’Epargne » alors qu’un peu plus loin, du côté de l’arcade « des cocus » se dresse « la loggia ». Œuvre d’un architecte trouvant la maison trop monotone, ce dernier fit tomber la façade et créa cette ouverture sur balcon soutenue par des colonnes. Les fines colonnes blanches, le revêtement jaune orangé et la présence de palmiers donnent à cette arcade de la cité un faux air méditerranéen voire colonial.
Comme à l’époque médiévale, la plupart des arcades abrite un commerce mais les vitrines sont bien plus avantageuses que les antiques volets de bois faisant alors office à la fois de fermeture et d’étal. Certains éléments oubliés mais conservés ou alors remis en valeur redonnent à quelques arcades leur cachet d’antan : là une vieille devanture en bois, ici un écusson martelé, ailleurs un plafond à l’ancienne débarrassé de son enduit ou encore une enseigne peinte contre un pilier…
Si si, regardez bien : il y tout cela, et même plus à voir sous les arcades !…    

 La loggia est l’une des curiosités architecturales des arcades, ou tout du moins la plus visible.

 

Charme et curiosités des arcades (2/2)  23 juillet 2010
Certains éléments rappellent la vive activité commerçante de Louhans notamment les trappes menant aux caves de chacune des échoppes d’origine. En bois ou en tôle, on n’ose à peine y poser le pied, ou alors que d’autres – notamment les enfants – se font un plaisir de sauter dessus, jouant ainsi à la marelle entre ces portes et les grosses dalles de pierre…
On raconte que l’on pourrait traverser d’un bout à l’autre chacune des deux rangées d’arcades en passant par les greniers ou les caves… Ce qui est sûr c’est que derrière certaines lourdes portes s’ouvrent d’étroits passages peu éclairés donnant accès à de petites cours privées qu’entourent de hautes façades. Sortes de traboules, on dit que ces passages permettaient aux marchands d’acheminer leurs denrées par l’arrière lors des jours de foires et marchés lorsque la Grande Rue était trop encombrée.
Les commerces, justement, ont toujours été divers et se sont adaptés à la mode et aux évolutions de la société. Sur d’anciennes cartes postales, on aperçoit au fil des époques un kiosque à journaux, la devanture de la « Société Economique d’Alimentation », de « l’Hôtel du Chevreuil » ou de celui « de l’Europe »…
Certaines de ces cartes postales ont également immortalisé des jours de fête notamment à l’occasion de festivités agricoles, de festivals, de cavalcades, d’inaugurations… La rue était alors parée de carrousels, de portiques et de guirlandes de fleurs… Nous sommes bien loin de l’époque des vieux puits rythmant les pavés pour l’alimentation en eau des habitant, ou de l’aspect actuel de nos arcades…   

 Au détour d’une arcade, une ancienne enseigne conservée jusqu’à nous.

 

Du côté de la Place Saint Jean…  30 juillet 2010
Au bout des arcades, du côté de l’ancienne porte de la Comté, se dévoile la Place Saint Jean. Dans son prolongement, évolue la Rue d’Alsace, autrefois appelée « Rue de Châteaurenaud » car menant à ce village perché sur les hauteurs louhannaises. Elle accueillait aux siècles derniers principalement les échoppes des maréchaux-ferrants anciens que de nombreux cafés.
Sur la place, entre les restaurants et la pharmacie, un bâtiment attire l’attention par son décor. Derrière la façade animée de volutes, de frises et d’un fronton sculpté, existait autrefois le « Kursaal », cabaret organisant également des bals populaires en extérieur. Une photographie ancienne reproduite dans l’ouvrage d’André Petit « Louhans de la Belle Epoque aux Années Folles » nous montre que de part et d’autre de la porte d’entrée étaient des sortes de mascarons portant les inscriptions « Danses » et « Concerts ». Ce bâtiment accueille aujourd’hui une graineterie-jardinerie.
A l’emplacement de l’Office du Tourisme et des bâtiments le jouxtant, se dressait un moulin, le Moulin de la Salle. Face à lui, le lavoir. Encore en élévation aujourd’hui, cet édicule était le lieu de rendez-vous des Louhannaises allant laver leur linge alors que les messieurs faisaient baigner leurs chevaux plus en amont dans le canal.
Tout à côté, une statue honore un enfant du pays : Ferdinand Berthier. Ce Louhannais né en 1803 fut professeur à l’Institut de Paris malgré sa surdité. Il contribua à la création de nombreux organismes venant en aide aux sourds et malentendants. L’association « Culture et Langue des Signes Ferdinand Berthier » a été créée en 1995 afin de faire connaître le destin de cet homme d’exception ainsi que de permettre une meilleure intégration des sourds dans la société.    

 

 Le buste de Ferdinand Berthier a été érigé le long du canal, quasiment en face de la Tour Saint Paul.